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Module ERAR — Chapitre 8

La décision d'ERAR, ses effets et les recours (art. 114)

Les effets d'une décision favorable (personne protégée ou simple sursis) ou défavorable, la fin de la demande sans décision (désistement, retrait, annulation), le délai pour la résidence permanente, le lien avec les motifs humanitaires, et le seul recours : le contrôle judiciaire à la Cour fédérale.

Chapitre  8  sur 9≈ 40 min  d'étude12  questions liéesNiveau  avancé

Une fois l'examen terminé, l'agent d'IRCC rend une décision dont les effets diffèrent selon qu'il s'agit d'un ERAR ordinaire ou restreint. Et lorsque la décision est défavorable, un seul recours demeure : la Cour fédérale. Ce chapitre couvre la décision, ses effets (art. 114), les façons dont une demande peut prendre fin sans décision sur le fond, le passage vers la résidence permanente, et les voies de recours.

La décision et ses effets (art. 114)

Une décision favorable (ERAR ordinaire)

Une décision favorable rendue dans un ERAR ordinaire confère à la personne la qualité de personne protégée : elle peut rester au Canada et demander la résidence permanente. La protection a, pour l'essentiel, le même effet qu'une décision favorable de la SPR.

Une décision favorable (ERAR restreint)

Pour une personne visée par le paragraphe 112(3), une décision favorable n'accorde pas le statut de personne protégée : elle emporte généralement un sursis au renvoi. La personne n'acquière donc pas, par cette voie, le droit de demander la résidence permanente comme personne protégée.

Une décision défavorable

Si l'agent conclut que la personne ne serait pas exposée à un risque, il rejette la demande et la personne devra quitter le Canada : la mesure de renvoi redevient exécutoire. Le taux d'acceptation de l'ERAR est faible, surtout pour les demandeurs déjà entendus puis déboutés par la CISR; il est plus élevé pour les personnes jugées irrecevables qui n'ont jamais été entendues.

De la protection à la résidence permanente

La personne protégée à la suite d'un ERAR ordinaire favorable peut demander la résidence permanente. Attention au délai : la demande de séjour au Canada à titre de résident permanent doit être présentée dans les 180 jours suivant la décision. Par ailleurs, l'agent ne peut conclure que les conditions sont remplies tant qu'une demande de contrôle judiciaire est pendante ou que le délai pour en présenter une n'est pas expiré.

La fin de la demande sans décision sur le fond

Le désistement

Le désistement est prononcé lorsque le demandeur omet de se présenter à une audience (après un nouvel avis l'y convoquant) ou lorsqu'il quitte volontairement le Canada. La demande de protection est alors réputée rejetée et le sursis applicable, révoqué.

Le retrait

Le demandeur peut, en tout temps, retirer sa demande en transmettant un avis écrit; le retrait est prononcé sur réception de cet avis. Là encore, la demande est réputée rejetée.

L'annulation (art. 114(3))

Le ministre peut annuler une décision favorable s'il estime qu'elle découle de présentations erronées sur un fait important, ou de la dissimulation d'un tel fait. L'annulation emporte nullité de la décision initiale : la demande de protection est réputée avoir été rejetée et la personne n'est plus une personne protégée (ce qui peut entraîner la perte d'un statut de résident permanent acquis sur cette base).

Le functus officio

Une fois sa décision finale rendue, l'agent est functus officio : il ne peut plus la rouvrir ni la réexaminer, sauf exceptions étroites (erreur matérielle, fraude, défaut de statuer, manquement à la justice naturelle). Un simple changement des conditions du pays ne justifie pas la réouverture.

Le lien avec les motifs humanitaires (CH)

L'agent d'ERAR est le spécialiste du risque au Ministère : il peut être appelé à évaluer le risque dans le cadre d'une demande pour considérations d'ordre humanitaire (CH). Deux points souvent testés : d'une part, le décideur CH n'évalue pas les risques de l'art. 96 ou 97 (persécution, torture) — il s'attache plutôt aux difficultés; d'autre part, une évaluation de risque défavorable n'entraîne pas automatiquement un refus de la demande CH, car le risque n'est qu'un facteur parmi l'ensemble des circonstances.

Les recours après l'ERAR

Le contrôle judiciaire à la Cour fédérale

Une décision d'ERAR ne peut faire l'objet d'aucun appel administratif : il n'y a pas d'appel à la SAR. Le seul recours est la demande d'autorisation et de contrôle judiciaire à la Cour fédérale (art. 72 LIPR). L'autorisation préalable est requise et le délai pour déposer la demande est de 15 jours (affaire survenue au Canada). La Cour examine la décision selon la norme de la décision raisonnable.

Le sursis pendant le contrôle judiciaire

Le dépôt d'une demande de contrôle judiciaire ne suspend pas automatiquement le renvoi. Pour éviter un renvoi imminent, il faut généralement demander un sursis judiciaire à la Cour fédérale, en démontrant une question sérieuse, un préjudice irréparable et la prépondérance des inconvénients.

Les autres démarches

Selon la situation, d'autres démarches peuvent être envisagées, comme une demande de report de renvoi auprès de l'ASFC ou une demande fondée sur des considérations d'ordre humanitaire; ces démarches ne suspendent toutefois pas, en elles-mêmes, la mesure de renvoi.

Définitions clés

Personne protégée
Statut conféré par un ERAR ordinaire favorable, ouvrant la voie à la résidence permanente.
Sursis au renvoi
Effet d'un ERAR restreint favorable : la personne n'est pas renvoyée, mais n'obtient pas le statut de personne protégée.
Délai de 180 jours
Délai pour demander la résidence permanente après un ERAR favorable.
Désistement
Prononcé si le demandeur omet de se présenter à une audience ou quitte volontairement le Canada; demande réputée rejetée.
Retrait
Abandon volontaire de la demande par avis écrit, en tout temps; demande réputée rejetée.
Annulation (art. 114(3))
Le ministre annule une décision favorable obtenue par présentations erronées ou dissimulation; la demande est réputée rejetée.
Functus officio
Une fois la décision finale rendue, l'agent ne peut plus la rouvrir, sauf exceptions étroites.
Demande CH
Considérations d'ordre humanitaire : le décideur évalue les difficultés, non les risques 96/97; un risque négatif n'emporte pas refus automatique.
Contrôle judiciaire
Seul recours contre une décision d'ERAR : demande d'autorisation à la Cour fédérale (15 jours).
Sursis judiciaire
Ordonnance de la Cour fédérale suspendant le renvoi pendant l'examen du contrôle judiciaire.

Sources officielles

À retenir

  • ERAR ordinaire favorable = statut de personne protégée (voie vers la résidence permanente).
  • ERAR restreint favorable = sursis au renvoi seulement, sans statut de personne protégée.
  • Décision défavorable = renvoi exécutoire.
  • Résidence permanente à demander dans les 180 jours suivant un ERAR favorable.
  • Fin sans décision : désistement (absence à l'audience ou départ), retrait (avis écrit), annulation (art. 114(3), fausses déclarations); functus officio après la décision finale.
  • Lien avec la demande CH : le décideur CH n'évalue pas le risque 96/97 mais les difficultés; un risque négatif n'emporte pas un refus automatique.
  • Pas d'appel à la SAR : seul recours = contrôle judiciaire à la Cour fédérale (autorisation, 15 jours), souvent assorti d'une demande de sursis judiciaire.