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Chapitre 2 — Matériel d'étude

Le droit d'appel et ses restrictions

35 min  d'étude10  questions liées

Avant même de plaider le fond, il faut répondre à une question préalable : la personne a-t-elle seulement le droit de faire appel ? La loi confère ce droit, mais elle le retire aussi dans plusieurs situations. Maîtriser ces restrictions évite de bâtir une stratégie sur un appel qui n'existe pas.

Objectifs du chapitre

  • Déterminer qui détient le droit d'appel et le point de départ du délai
  • Appliquer les restrictions de l'article 64
  • Reconnaître le verrou de l'article 65 et le recours en cas de refus d'ARC

Qui détient le droit d'appel, et à partir de quand

Dans un appel de parrainage, le droit appartient au répondant — la personne au Canada qui parraine — et non au membre de la famille refusé à l'étranger. C'est une distinction simple mais cruciale : le demandeur n'a pas de droit d'appel autonome devant la SAI.

Le délai pour agir commence à courir au moment où l'appelant reçoit la décision écrite. Bien identifier ce point de départ est essentiel, car un avis d'appel tardif peut faire perdre le droit lui-même.

Quand la grande criminalité ferme la porte (art. 64)

L'article 64 retire le droit d'appel à la SAI dans les cas les plus graves : interdiction de territoire pour raison de sécurité, atteinte aux droits humains ou internationaux, grande criminalité, ou criminalité organisée. Dans ces situations, la SAI n'a aucune compétence — pas même pour examiner des motifs d'ordre humanitaire.

Pour la grande criminalité, le seuil est précis : le paragraphe 64(2) vise notamment l'infraction punie au Canada par une peine d'emprisonnement d'au moins six mois. Retenez bien ce chiffre : une peine de six mois ou plus ferme l'appel ; une peine plus courte le laisse ouvert, même si l'infraction est par ailleurs grave au sens de la Loi.

L'exception familiale en matière de fausses déclarations (art. 64(3))

En principe, un refus fondé sur une fausse déclaration n'est pas susceptible d'appel sous 63(1). Mais la loi prévoit une exception importante : lorsque la personne refusée est l'époux, le conjoint de fait ou l'enfant du répondant, l'appel demeure possible. Ce n'est pas le caractère volontaire ou non de la fausse déclaration qui ouvre l'exception — c'est le lien familial.

Le verrou de l'article 65

Dans un appel de parrainage, la SAI ne peut examiner les motifs d'ordre humanitaire que si deux conditions préalables sont réunies : l'étranger doit faire partie de la catégorie du regroupement familial, et le répondant doit avoir la qualité requise. C'est ce qu'on appelle le « verrou » de l'article 65. Tant qu'il n'est pas franchi, l'argument humanitaire ne peut même pas être plaidé.

Le cas particulier de l'ARC

L'autorisation de retour au Canada (l'ARC) est requise pour rentrer après certaines mesures de renvoi. Son refus ne se conteste pas devant la SAI : le seul recours est le contrôle judiciaire, comme l'a confirmé la décision Momi. Il faut donc orienter le client vers la bonne instance dès le départ.

Jurisprudence à connaître

Momi (2019)
A confirmé que le refus d'une autorisation de retour au Canada (ARC) ne peut être contesté que par contrôle judiciaire, et non devant la SAI.

Les textes de loi

LIPR, art. 64(1)
Aucun appel en cas d'interdiction pour sécurité, droits humains, grande criminalité ou criminalité organisée.
LIPR, art. 64(2)
Fixe le seuil de la grande criminalité : peine d'au moins six mois.
LIPR, art. 64(3)
Pas d'appel pour fausse déclaration, sauf époux, conjoint de fait ou enfant du répondant.
LIPR, art. 65
Conditionne l'examen des motifs humanitaires en parrainage.

À retenir

  • Le répondant — non le demandeur — détient le droit d'appel ; le délai court dès la réception du refus écrit.
  • Une peine d'au moins six mois (64(2)) supprime l'appel, motifs humanitaires compris.
  • Fausses déclarations : appel possible seulement si la personne est l'époux, le conjoint ou l'enfant (64(3)).
  • Le refus d'ARC ne se conteste que par contrôle judiciaire (Momi).
Consulter les textes : LIPR · RIPR · Règles de la SAI · CISR